La Dent Bleue solidaire du combat des victimes de Proxidentaire !

La Dent Bleue est solidaire du combat des victimes de Proxidentaire !

 

Deux centres de santé dentaire associatifs de l’enseigne Proxidentaire ont vu leur activité suspendue par l’ARS Bourgogne-Franche-Comté. Ces deux suspensions, prononcées à intervalle proche, ne sont pas sans rappeler les débuts du premier scandale dentaire de masse  survenu en France en 2016 : l’affaire Dentexia.  Si notre association ne peut que saluer l’intervention de l’ARS pour repérer les centres faisant état d’irrégularités dans leur fonctionnement, elle s’inquiète toutefois pour la patientèle de Proxidentaire, à qui nous souhaitons un sentier moins ardu que celui emprunté à l’époque par le « Collectif contre Dentexia ». Le moment semble opportun pour un partage d’expériences et pour rappeler la nécessité criante de revoir les dispositifs législatifs en vigueur.

 

Les centres de santé dentaire associatifs (loi 1901) sont des relais de santé publique, qui peuvent jouer un rôle médico-social majeur en relation avec certains territoires ou groupes socioéconomiques. Toutefois, nous n’avons eu de cesse de rappeler que des règles strictes devaient encadrer à la fois leur création et leur fonctionnement. Si de tels garde-fous avaient été prévus par le Législateur, il n’y aurait pas eu d’affaire Dentexia. Parce que les mécanismes de régulation et de contrôle sont lacunaires, les centres dentaires dits « low-cost » peuvent mettre en péril des cohortes importantes de centaines voire de milliers de patient.e.s, qui se retrouvent alors démunis et en situation de vulnérabilité.

Nous avons récemment appris par voie de presse que l’activité de deux centres dentaires associatifs de la chaîne Proxidentaire, respectivement localisés à Chevigny-Saint-Sauveur et à Belfort, avait été suspendue par l’Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté. Nous nous réjouissons que l’ARS ait pris l’initiative d’effectuer de tel contrôles, et que ces derniers se soient soldés par une mise en demeure obligeant les centres Proxidentaire à remédier aux divers manquements constatés. Nous apprécions par ailleurs la mise en place immédiate d’un numéro vert censé aider et orienter la patientèle vers des solutions de poursuite de soins.

 

En tant qu’association d’information et de défense des intérêts des usagers et victimes du secteur dentaire, nous tenons à exprimer toute notre solidarité et notre soutien aux patientes et patients des centres Proxidentaire impliqués. Nous saluons également les protagonistes qui ont su faire preuve de réactivité, de lucidité et d’engagement citoyen en créant un Collectif, auquel nous souhaitons des résultats rapides et efficaces. Face à des professionnels et à des acteurs de santé publique en général toujours mieux structurés que les victimes, c’est l’union de ces dernières qui fera leur force !

 

En tant qu’association créée dans le sillage du Collectif des victimes de Dentexia, il nous a paru de notre responsabilité de communiquer les éléments listés ci-dessous, susceptibles d’aider les parties impliquées et/ou de leur éviter certains des écueils que nous avons pu rencontrer par le passé.

 

  • Les patient.e.s des centres Proxidentaire dont l’activité a été suspendue doivent impérativement récupérer sans délai leur dossier médical, même si les centres ne dispensent pour l’instant plus de soins. Cela facilitera leur reprise par d’autres praticiens.

 

  • Une note juridique devrait être publiée le plus rapidement possible par les autorités compétentes afin de lever la responsabilité pesant sur les dentistes acceptant de reprendre l’ex-patientèle de Proxidentaire. Il incombe aux pouvoirs publics et aux autorités de prendre toutes leurs responsabilités face aux conséquences désastreuses de la Loi Bachelot, qui a rendu possible la marchandisation de la médecine dentaire sans en évaluer tous les effets délétères.

 

  • Nous encourageons les patient.e.s de Proxidentaire essuyant un refus de soins de la part d’un cabinet dentaire à le notifier auprès du Conseil Départemental de l’Ordre des Chirurgiens-dentistes, par courrier recommandé avec AR. De plus, un mail peut être envoyé en parallèle à cette instance, en nous mettant éventuellement en copie afin que nous puissions consigner le refus éventuel de soins. Un.e patient.e ne devrait jamais être ostracisé.e par un professionnel de santé sous prétexte qu’il/elle a franchi la porte d’un centre de santé dentaire associatif.

 

  • L’équipe dirigeante des centres Proxidentaire se doit de communiquer sans tarder au Collectif de patient.e.s toutes les informations relatives à la Responsabilité Civile Professionnelle (RCP) de leurs dentistes, ainsi que les clauses (notamment d’exclusion) de leur(s) assurance(s). Cela en vue de faciliter les démarches si certaines procédures doivent être activées dans un futur proche (ex : contrats personnels de protection juridique, recours à des avocats).

 

  • La patientèle de Proxidentaire est en droit d’exiger la plus totale transparence d’une part sur la viabilité financière de l’association et d’autre part sur sa capacité à rouvrir à court terme les centres dans les conditions requises de conformité et de sécurité. En tout état de cause, les patientes et les patients qui ont payé pour des soins en cours sont encouragé.e.s à vérifier que les factures afférentes leur ont bien été transmises, ou à défaut nous leur conseillons de ne pas attendre pour réclamer leurs preuves de paiement.

 

  • S’il s’avère que la suspension d’activité des centres et le numéro vert mis en place par l’ARS représentent les prémices d’une fermeture définitive (c’est-à-dire d’une liquidation judiciaire, comme dans le cas de Dentexia), la réalité de la situation ne doit pas être cachée aux patient.e.s, pour leur permettre « de se retourner » dans de bonnes conditions, y compris en tentant de récupérer leurs deniers avant qu’il ne soit trop tard ou à défaut en préparant une déclaration de créance. La décision d’une fermeture provisoire est une chose, les conséquences d’une liquidation judiciaire en sont une autre, et une telle mesure ne devrait jamais être prononcée sans avoir au préalable réglé toutes les situations individuelles.

 

  • Si des conséquences sanitaires graves (ex : infections, implants défectueux ou prothèses défaillantes) sont suspectées pour les patient.e.s acceuilli.e.s dans les deux centres Proxidentaire fermés, des protocoles standardisés de prise en charge devraient être implémentés de toute urgence (incluant tests de dépistage, radios panoramiques, processus de dépose, etc.). Les patient.e.s ayant terminé leurs soins devraient par ailleurs être contacté.e.s pour être informé.e.s de la situation et effectuer les démarches et vérifications idoines.

 

  • Le dépôt d’une plainte auprès du Conseil Départemental de l’Ordre des Chirurgiens-dentistes, assortie éventuellement d’une autre plainte déposée auprès de la gendarmerie ou du Tribunal de Grande Instance, n’a de sens qu’à partir du moment où le(s) motif(s) sont clairement explicités et les faits étayés. Effectué de manière anarchique et trop précoce, ce processus est inutile, voire contreproductif, représentant une perte de temps face aux enjeux plus immédiats.

 

  • Nous invitons le Collectif de victimes des centres Proxidentaire à veiller à son indépendance et à se méfier de tout acteur prompte soit à leur demander de l’argent (ex : cabinets d’avocats) soit à vouloir instrumentaliser leur combat (à des fins politiques, de lobbying ou de détournement de patientèle). Priorité doit être donnée à la santé (réception des soins urgents, récupération des dossiers médicaux, suite et fin du parcours thérapeutique), les autres « chantiers » (juridique, assurantiel, pénal, politique) pouvant le cas échéant se déployer avec leur propre temporalité.

 

Deux points avant de conclure.

Aujourd’hui, les problèmes posés par certains centres de santé associatifs ne sont pas exclusivement le fait d’un dirigeant corrompu ou d’un petit groupe de gestionnaires à la cupidité hors norme. L’arsenal législatif doit être revu aussi bien dans son ensemble que dans le détail de chaque alinéa, pour mieux protéger la patientèle du secteur dentaire face à des risques intrinsèquement structurels.

Enfin, il ne faut pas minimiser l’impact psychologique sur la patientèle d’une prise en charge défaillante ou d’incertitudes sur l’avenir. Un.e patient.e découvrant avec stupeur que son centre dentaire a été fermé devient sans transition ou presque une victime laissée au milieu du gué, en situation de vulnérabilité, et la plupart du temps ignorante des leviers à activer pour s’acheminer vers une sortie de crise. Souvent, les leviers sont mal définis, inadaptés quand ils ne sont pas tout simplement inexistants, amenant les victimes à devoir partir à leur recherche et parfois même à les inventer, ce qui suppose de travailler avec tous les interlocuteurs de bonne volonté.

 

Nous voulons croire que les dirigeants des centres Proxidentaire, les acteurs du système de santé et les entités impliquées dans la répression des fraudes sauront agir de concert pour venir en aide et accompagner la patientèle de Proxidentaire et leurs représentant.e.s, à qui nous réitérons tout notre soutien face au séisme qui les affecte et aux épreuves qui ne manqueront pas de les attendre.

 

Solidairement,

 

Abdel Aouacheria

Pour le Collectif contre Dentexia & La Dent Bleue | associationladentbleue@gmail.com

Silence allows violence

Appel à témoignages : vous avez été victime de mauvais traitements ou d’escroquerie en cabinet dentaire, écrivez-le nous!

Chères, chers usagers, patient.e.s, victimes du secteur dentaire,

Vous êtes un certain nombre à nous laisser des messages ou à nous appeler pour nous faire part de votre désarroi, de votre sidération, de votre colère, et le plus souvent de votre tristesse mêlée à un sentiment d’injustice en cas de mauvais traitements ou de litige avec un cabinet dentaire ou un praticien. Nous faisons le constat que la parole des victimes est confisquée, puisqu’il n’existe aucun canal structuré permettant de recueillir et d’analyser leurs témoignages, ces derniers tombant dans la boîte noire des conseils ordinaux de chirurgiens-dentistes ou des Agences Régionales de Santé. Or, il existe un réel besoin de compiler, d’archiver et d’interpréter les doléances de la patientèle du dentaire, non seulement pour dénoncer les mauvaises pratiques, mais aussi pour être force de proposition face aux professionnels, aux autorités, aux pouvoirs publics et aux tutelles de santé.

Silence allows violence

 

C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui notre appel à témoignages : notre boîte mail vous est ouverte (associationladentbleue@gmail.com), sans date limite de réception, sans contrainte de format ou de taille pour vos textes, l’objectif étant de vous laisser vous exprimer librement.

Si vous désirez que votre message soit anonyme et le reste, merci de nous l’indiquer, nous le traiterons comme tel. Dans tous les cas, nous vous remercions pour vos mots, éventuellement vos photos. Nous mettrons tout en œuvre pour que ces éléments puissent être utiles, en venant nourrir la réflexion collective, en pointant les chausse-trappes pour mieux les éviter, en dégageant des points communs dans les trajectoires individuelles, en essayant de comprendre l’origine des maux pour identifier des solutions.

Cette initiative est fidèle à notre mot d’ordre: par et pour les patient.e.s.

Solidairement,

La Dent Bleue

La rage intacte des victimes

A la suite de l’excellent livre d’Olivier Cyran paru en mars 2021, la Une du jour de L’Humanité consacrée au scandale Dentexia (13 avril 2021)

La rage intacte des victimes

Chères toutes et tous,

Ce billet n’a pas vocation à être une recension du livre incroyable de notre ami Olivier Cyran, auteur de “Sur les dents. Ce qu’elles disent de nous et de la guerre sociale“, ou un résumé des lignes poignantes publiées ce jour dans L’Humanité sous la plume du fidèle Alexandre Fache. D’excellentes recensions du livre en question ont été rédigées qui sauront vous donner envie d’en feuilleter les pages, et les lecteurs.trices intéressées sauront où trouver le journal L’Humanité pour lire les articles consacrés au scandale Dentexia.

Ce billet cherche plutôt à attirer l’attention sur le fait suivant: à l’heure où les réseaux sociaux accaparent notre “temps de cerveau humain disponible” (selon l’expression consacrée en 2004 par Patrick Le Lay, ex-patron de TF1), il existe encore des journalistes, des médias, qui réalisent sérieusement ce travail titanesque de recherche, de compilation et de recoupements des informations et des témoignages avant de les présenter à une audience – souvent dans un style demandant lui-même du talent et/ou des années de pratique. Les dispositifs de commotion (internet, smartphones, séries,…) étant devenus omniprésents, les actualités succédant aux actualités à un rythme effréné, la pression du chiffre s’exerçant à toutes les strates, il n’est pas donné que ce type de travail et ce type de journalistes puissent tout simplement exister.

En tant que victimes, en tant que patients dont la parole est d’ordinaire muette, nous leur devons une fière chandelle.

MERCI donc à Olivier Cyran, à Alexandre Fache, dont les noms ne doivent pas masquer ceux de tout.e.s les autres, de Guillaume Lamy à Alice Gauvin, de Sylvie Montaron à Yan Di Meglio, la liste est longue et nous préférerons l’arrêter là, pour ne pas nous risquer à l’oubli. Ce dernier terme tombe à point nommé car c’est bien aussi de cela qu’il s’agit: ne pas sombrer dans l’oubli. Les productions de ces auteurs, jaillissant dans le présent, sont avant tout une tentative d’inscrire les évènements dans L’Histoire, de fabriquer des instantanés qui soient des portraits aussi fidèles que possibles d’une époque, mariant la monstration (le fait de montrer ce qui se présente) à l’analyse (le fait d’étudier ce qui se présente). L’affaire Dentexia implique les deux aspects: rendre audible / visible ce que les victimes ont à dire, par rapport à ce qu’elles ont vécu, et examiner les causes et les effets, comprendre ce qui s’est réellement produit et tenter d’infléchir le cours des choses pour éviter la survenue d’autres scandales.

Solidairement,

Abdel Aouacheria

Pour Le Collectif contre Dentexia et La Dent Bleue

 

Sur les dents d'Olivier Cyran

La souffrance des Sans-Dents

Scandale DENTEXIA, 5 ans après : dans les oubliettes de la justice ?

Nous fêtons ce mois-ci le triste anniversaire des 5 ans de la liquidation des centres dentaires « low-cost » Dentexia, qui ont escroqué et mutilé des milliers de patients entre 2012 et 2016. Alors que plus de 1000 plaintes ont été déposées auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris, les victimes s’inquiètent de la lenteur de la justice. Elles ne désespèrent toutefois pas de voir aboutir l’instruction judiciaire, condition sine qua non pour être réhabilitées dans leur dignité et tourner la page.

En 2016, nous fondions en France le « Collectif contre Dentexia », un groupe de patients ayant vu le jour suite à la liquidation de la chaîne de centres dentaires à bas coût Dentexia, et qui a fédéré plus de 3000 victimes. Nos objectifs : nous battre pour que les patients ruinés et délaissés puissent être soignés grâce à une aide exceptionnelle du Ministère de la Santé et poursuivre en justice les responsables de cette chaîne associative de centres dentaires (au premier chef desquels son Président, Pascal Steichen). Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Près de 1000 demandes d’assistance ont été soumises par les victimes de Dentexia au Fonds National d’Action Sanitaire et Sociale (FNASS) de l’assurance-maladie, sur décision du Ministère de la Santé (alors dirigé par Marisol Touraine, après que sa prédécesseur Roselyne Bachelot avait autorisé la création des centres dentaires associatifs type loi 1901). Bien que les autorités n’aient pas été en mesure de nous communiquer un bilan chiffré, nous estimons qu’une moitié environ seulement des dossiers aurait reçu une réponse favorable ou adaptée. Les victimes qui ont pu recourir à ce dispositif n’ont pas touché d’indemnisation, mais ont été (le plus souvent partiellement) remboursées des dépenses de soins engendrées par leur passage par la case Dentexia. Même si des cas ponctuels d’ostracisation à l’encontre de l’ancienne « clientèle » du low-cost sont à déplorer, de nombreux dentistes ont accepté de reprendre des victimes de Dentexia, et nous tenons à les en remercier.

Cependant, la réalité cachée derrière ce bilan en demi-teinte demeure extrêmement préoccupante ; les situations individuelles étant contrastées. Cinq ans après le scandale, notre Collectif continue ainsi de recevoir régulièrement des messages d’ex-patients Dentexia souffrant de problèmes non-solutionnés, ou déclarés après la date limite des dépôts de demande d’aide (2017). Il ne faut pas que ces cas en suspens soient invisibilisés. Ces victimes sont au désespoir, désabusées, perdues, déprimées ou en colère, et nous ne savons pas quoi leur répondre. Si certaines d’entre elles ont dû se résoudre à repayer intégralement des soins qu’elles avaient déjà payés à Dentexia, d’autres n’avaient pas les moyens de le faire et ont dû faire une croix sur leurs soins, faute de liquidités. De nouveaux problèmes dentaires apparaissent, couplés à d’autres problèmes de santé (notamment au plan psychologique), entraînant des coûts supplémentaires pour cette patientèle déjà abimée, et pour la collectivité en général. Nous vivons avec ce sentiment partagé d’avoir une épée de Damoclès au-dessus des dents, attendant le jour incertain où nos implants lâcheront, où nos prothèses se briseront, où il faudra accepter de devoir se rassoir au fauteuil pour poursuivre ou reprendre des soins douloureux. D’autres victimes continuent, à l’heure qu’il est, de rembourser des crédits pour des soins jamais reçus, et d’autres encore qui pensaient récupérer leurs deniers versés à Dentexia ont déchanté : les créances déclarées auprès du mandataire-liquidateur ont à notre connaissance été annulées, le passif abyssal de l’association (plus de 20 millions d’euros !) ne permettant pas d’apurer les dettes. Quelques victimes ont pu faire jouer l’assurance de Dentexia, pour une compensation symbolique, puisque le contrat de garantie souscrit par la chaîne de centres dentaires excluait quasiment l’intégralité des sinistres…dont peuvent faire l’objet les patients du dentaire.

L’onde de choc de ce désastre sanitaire, qui est aussi financier, bancaire, assurantiel, législatif et juridique, est donc tenace ! Et nous craignons, désormais, que ce désastre devienne également judiciaire.

Nous avons bien compris que nos chances d’être un jour dédommagés sont minces, voire nulles, d’une part parce qu’il n’y a plus rien à glaner du côté des caisses de feu Dentexia, et d’autre part parce que les barèmes appliqués suite aux expertises médicales déclassent systématiquement le préjudice des victimes de la dentisterie, oblitérant toute possibilité d’indemnisation. Ce n’est donc pas le point central de notre démarche et, en réalité, ça ne l’a jamais été. La justice française doit faire son travail car, pour une majorité de victimes, il est difficile, voire impossible, de traiter les blessures, qui ne sont pas seulement physiques, mais surtout d’ordre psychologique. Avant que d’avoir été escroqués, maltraités, mutilés et abandonnés à notre sort, nous avons été pris pour des porte-monnaie sur pieds, dans la bouche desquels il fallait déposer des implants et des prothèses, à la va-vite, pour satisfaire des objectifs de rentabilité. Par-là, nous voulons signifier que nous avons été dégradés en objets, réifiés au lieu d’être considérés comme des sujets de soins. En conséquence, nous exigeons que justice soit rendue. Tout procès pénal vise à prendre en compte le préjudice subi par la victime, mais sert aussi à faire en sorte que son statut soit reconnu. Cette reconnaissance est la condition sine qua non pour que la victime soit restaurée dans sa dignité et puisse, enfin, sortir de sa situation de victime.

Pour cette raison, et pour toutes celles que nous avions précédemment énoncées en tant que Collectif contre Dentexia, nous avons décidé de fonder La Dent Bleue : la première association française indépendante des usagers du dentaire, fondée par des patients, pour les patients. Avec d’autres bonnes volontés, nous prendrons toutes les mesures pour instituer la centralité du patient dans la sphère médico-dentaire, infléchir les politiques publiques dans son intérêt plutôt que dans celui de telle ou telle corporation, empêcher – ou à défaut faire sanctionner – le développement des pratiques coupables et délictueuses et les nouvelles déflagrations qui pourraient, chacune et chacun, nous toucher.

Abdel Aouacheria, fondateur du Collectif contre Dentexia  | aouacheria.abdel@gmail.com

Christine Teilhol, Présidente de l’association La Dent Bleue | christineteilhol@hotmail.fr

 

La souffrance des Sans-Dents