SIGNEZ SUR LE SITE DU SENAT NOTRE PETITION DEMANDANT LA REVISION DE LA LOI BACHELOT !


L'association La Dent Bleue demande au Sénat de réviser en urgence la loi Bachelot pour mieux encadrer la création et le fonctionnement des centres de santé dentaire.

L’association « La Dent Bleue », créée dans le sillage du Collectif contre Dentexia, a rédigé une pétition intitulée « Faisons évoluer la législation sur les centres dentaires associatifs (dits « low-cost ») pour éviter la survenue de nouveaux scandales de masse ». Après avoir passé le processus éditorial et de modération très sélectif mis en place par la plateforme e-pétitions du Sénat (qui ne compte que 35 pétitions ouvertes), notre pétition a été approuvée et mise en ligne.

Le texte de la pétition rappelle que les problèmes posés par certains centres de santé associatifs ne sont pas exclusivement le fait d’un dirigeant corrompu (ex : Pascal Steichen) ou d’un petit groupe de gestionnaires à la cupidité hors norme. L’arsenal législatif doit être revu aussi bien dans son ensemble que dans le détail de chaque alinéa, pour mieux protéger la patientèle du secteur dentaire face à des risques intrinsèquement structurels. C’est la raison pour laquelle La Dent Bleue a élaboré un corpus de 16 propositions qui permettraient de mieux encadrer l’ouverture et le fonctionnement des centres dentaires associatifs autorisés par la Loi Bachelot de 2009 (complétée par l’ordonnance du 12 janvier 2018).

En tant qu’association d’information et de défense des intérêts des usagers et victimes du secteur dentaire, La Dent Bleue tient à préciser qu’elle ne se positionne pas en défaveur des centres de santé dentaire associatifs. Lorsqu’ils sont correctement administrés, ces centres constituent des relais de santé publique pouvant jouer un rôle médico-social majeur en relation avec certains territoires ou groupes socioéconomiques. Toutefois, des règles strictes doivent encadrer à la fois leur création et leur activité. Si de tels garde-fous avaient été prévus par le Législateur, il n’y aurait pas eu d’affaire Dentexia (et récemment de scandale Proxidentaire). Parce que les mécanismes de régulation et de contrôle sont lacunaires, les centres dentaires dits « low-cost » peuvent mettre en péril des cohortes importantes de centaines voire de milliers de patient.e.s, qui se retrouvent alors démuni.e.s et en situation de vulnérabilité.

Par le biais de cette pétition, La Dent Bleue forme donc le vœu de pouvoir saisir le Sénat d’une demande d’inscription à l’ordre du jour d’un nouveau texte législatif encadrant les centres de santé dentaire.

Nous, adhérent.e.s de La Dent Bleue, victimes de Dentexia, patient.e.s de centres dentaires à bas coûts, usagers du secteur dentaire français, nous vous invitons aujourd'hui à signer notre pétition.

Solidairement,

La Dent Bleue

Silence allows violenceChères, chers usagers, patient.e.s, victimes du secteur dentaire,

Vous êtes un certain nombre à nous laisser des messages ou à nous appeler pour nous faire part de votre désarroi, de votre sidération, de votre colère, et le plus souvent de votre tristesse mêlée à un sentiment d'injustice en cas de mauvais traitements ou de litige avec un cabinet dentaire ou un praticien. Nous faisons le constat que la parole des victimes est confisquée, puisqu'il n'existe aucun canal structuré permettant de recueillir et d'analyser leurs témoignages, ces derniers tombant dans la boîte noire des conseils ordinaux de chirurgiens-dentistes ou des Agences Régionales de Santé. Or, il existe un réel besoin de compiler, d'archiver et d'interpréter les doléances de la patientèle du dentaire, non seulement pour dénoncer les mauvaises pratiques, mais aussi pour être force de proposition face aux professionnels, aux autorités, aux pouvoirs publics et aux tutelles de santé.

C'est pourquoi nous lançons aujourd'hui notre appel à témoignages : notre boîte mail vous est ouverte (associationladentbleue@gmail.com), sans date limite de réception, sans contrainte de format ou de taille pour vos textes, l'objectif étant de vous laisser vous exprimer librement.

Si vous désirez que votre message soit anonyme et le reste, merci de nous l'indiquer, nous le traiterons comme tel. Dans tous les cas, nous vous remercions pour vos mots, éventuellement vos photos. Nous mettrons tout en œuvre pour que ces éléments puissent être utiles, en venant nourrir la réflexion collective, en pointant les chausse-trappes pour mieux les éviter, en dégageant des points communs dans les trajectoires individuelles, en essayant de comprendre l'origine des maux pour identifier des solutions.

Cette initiative est fidèle à notre mot d'ordre: par et pour les patient.e.s.

Solidairement,

La Dent Bleue

Nous fêtons ce mois-ci le triste anniversaire des 5 ans de la liquidation des centres dentaires « low-cost » Dentexia, qui ont escroqué et mutilé des milliers de patients entre 2012 et 2016. Alors que plus de 1000 plaintes ont été déposées auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris, les victimes s’inquiètent de la lenteur de la justice. Elles ne désespèrent toutefois pas de voir aboutir l’instruction judiciaire, condition sine qua non pour être réhabilitées dans leur dignité et tourner la page.

En 2016, nous fondions en France le « Collectif contre Dentexia », un groupe de patients ayant vu le jour suite à la liquidation de la chaîne de centres dentaires à bas coût Dentexia, et qui a fédéré plus de 3000 victimes. Nos objectifs : nous battre pour que les patients ruinés et délaissés puissent être soignés grâce à une aide exceptionnelle du Ministère de la Santé et poursuivre en justice les responsables de cette chaîne associative de centres dentaires (au premier chef desquels son Président, Pascal Steichen). Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Près de 1000 demandes d’assistance ont été soumises par les victimes de Dentexia au Fonds National d'Action Sanitaire et Sociale (FNASS) de l'assurance-maladie, sur décision du Ministère de la Santé (alors dirigé par Marisol Touraine, après que sa prédécesseur Roselyne Bachelot avait autorisé la création des centres dentaires associatifs type loi 1901). Bien que les autorités n’aient pas été en mesure de nous communiquer un bilan chiffré, nous estimons qu’une moitié environ seulement des dossiers aurait reçu une réponse favorable ou adaptée. Les victimes qui ont pu recourir à ce dispositif n’ont pas touché d’indemnisation, mais ont été (le plus souvent partiellement) remboursées des dépenses de soins engendrées par leur passage par la case Dentexia. Même si des cas ponctuels d’ostracisation à l’encontre de l’ancienne « clientèle » du low-cost sont à déplorer, de nombreux dentistes ont accepté de reprendre des victimes de Dentexia, et nous tenons à les en remercier.

Cependant, la réalité cachée derrière ce bilan en demi-teinte demeure extrêmement préoccupante ; les situations individuelles étant contrastées. Cinq ans après le scandale, notre Collectif continue ainsi de recevoir régulièrement des messages d’ex-patients Dentexia souffrant de problèmes non-solutionnés, ou déclarés après la date limite des dépôts de demande d’aide (2017). Il ne faut pas que ces cas en suspens soient invisibilisés. Ces victimes sont au désespoir, désabusées, perdues, déprimées ou en colère, et nous ne savons pas quoi leur répondre. Si certaines d’entre elles ont dû se résoudre à repayer intégralement des soins qu’elles avaient déjà payés à Dentexia, d’autres n’avaient pas les moyens de le faire et ont dû faire une croix sur leurs soins, faute de liquidités. De nouveaux problèmes dentaires apparaissent, couplés à d’autres problèmes de santé (notamment au plan psychologique), entraînant des coûts supplémentaires pour cette patientèle déjà abimée, et pour la collectivité en général. Nous vivons avec ce sentiment partagé d’avoir une épée de Damoclès au-dessus des dents, attendant le jour incertain où nos implants lâcheront, où nos prothèses se briseront, où il faudra accepter de devoir se rassoir au fauteuil pour poursuivre ou reprendre des soins douloureux. D’autres victimes continuent, à l’heure qu’il est, de rembourser des crédits pour des soins jamais reçus, et d’autres encore qui pensaient récupérer leurs deniers versés à Dentexia ont déchanté : les créances déclarées auprès du mandataire-liquidateur ont à notre connaissance été annulées, le passif abyssal de l’association (plus de 20 millions d’euros !) ne permettant pas d’apurer les dettes. Quelques victimes ont pu faire jouer l’assurance de Dentexia, pour une compensation symbolique, puisque le contrat de garantie souscrit par la chaîne de centres dentaires excluait quasiment l’intégralité des sinistres…dont peuvent faire l’objet les patients du dentaire.

L’onde de choc de ce désastre sanitaire, qui est aussi financier, bancaire, assurantiel, législatif et juridique, est donc tenace ! Et nous craignons, désormais, que ce désastre devienne également judiciaire.

Nous avons bien compris que nos chances d’être un jour dédommagés sont minces, voire nulles, d’une part parce qu’il n’y a plus rien à glaner du côté des caisses de feu Dentexia, et d’autre part parce que les barèmes appliqués suite aux expertises médicales déclassent systématiquement le préjudice des victimes de la dentisterie, oblitérant toute possibilité d’indemnisation. Ce n’est donc pas le point central de notre démarche et, en réalité, ça ne l’a jamais été. La justice française doit faire son travail car, pour une majorité de victimes, il est difficile, voire impossible, de traiter les blessures, qui ne sont pas seulement physiques, mais surtout d’ordre psychologique. Avant que d’avoir été escroqués, maltraités, mutilés et abandonnés à notre sort, nous avons été pris pour des porte-monnaie sur pieds, dans la bouche desquels il fallait déposer des implants et des prothèses, à la va-vite, pour satisfaire des objectifs de rentabilité. Par-là, nous voulons signifier que nous avons été dégradés en objets, réifiés au lieu d’être considérés comme des sujets de soins. En conséquence, nous exigeons que justice soit rendue. Tout procès pénal vise à prendre en compte le préjudice subi par la victime, mais sert aussi à faire en sorte que son statut soit reconnu. Cette reconnaissance est la condition sine qua non pour que la victime soit restaurée dans sa dignité et puisse, enfin, sortir de sa situation de victime.

Pour cette raison, et pour toutes celles que nous avions précédemment énoncées en tant que Collectif contre Dentexia, nous avons décidé de fonder La Dent Bleue : la première association française indépendante des usagers du dentaire, fondée par des patients, pour les patients. Avec d’autres bonnes volontés, nous prendrons toutes les mesures pour instituer la centralité du patient dans la sphère médico-dentaire, infléchir les politiques publiques dans son intérêt plutôt que dans celui de telle ou telle corporation, empêcher - ou à défaut faire sanctionner - le développement des pratiques coupables et délictueuses et les nouvelles déflagrations qui pourraient, chacune et chacun, nous toucher.

Abdel Aouacheria, fondateur du Collectif contre Dentexia  | aouacheria.abdel@gmail.com

Christine Teilhol, Présidente de l'association La Dent Bleue | christineteilhol@hotmail.fr

 

La souffrance des Sans-Dents

 

Secrets d'info sur France Inter

 

France Inter a diffusé une enquête exceptionnelle sur le low-cost dentaire dans l'émission Secrets d'Info samedi 2 octobre 2021 entre 13h20 et 14h, à retrouver en podcast sur le site de la radio.

Il s'agit d'un format long (sans doute le plus long jamais réalisé à la radio sur le thème du dentaire)  préparé par la journaliste Laetitia Cherel de la Cellule Investigation de Radio France. Cette enquête très fouillée, au ton juste, fait la part belle aux témoignages de victimes (de Dentexia et de Proxidentaire), tout en adoptant une vision surplombante sur les défaillances de Loi Bachelot. D'autres protagonistes ont également été interviewé.e.s (spécialistes, M. Le Ministre de la Santé Olivier Véran, notre association La Dent Bleue).

Nous espérons que ce reportage contribuera, avec tous les autres dans lesquels nous avons été impliqués d'une manière ou d'une autre depuis 2016, à faire bouger les lignes.

Nos remerciements les plus chaleureux aux victimes qui continuent à témoigner même plus de cinq ans après la liquidation de Dentexia. Et un mot de soutien aux nouvelles victimes, telles que celles de Proxidentaire. Nous espérons que ces victimes trouveront une issue positive à leurs déboires.

N'oubliez pas de signer notre pétition pour faire réviser la loi Bachelot (il faut se connecter mais ensuite tout le processus est anonyme). A diffuser sans modération.

Solidairement,

La Dent Bleue

 

Arrêt chambre instruction procès Dentexia

 

 

Dans son arrêt du 14 septembre 2021, la Cour d’Appel de Paris rejette la requête en nullité déposée par le fondateur des centres dentaires associatifs « low-cost » DENTEXIA, qui ont fait plusieurs milliers de victimes entre 2012 et 2016. Si ces dernières se réjouissent de cette décision de justice, elles n’en demeurent pas moins inquiètes des lenteurs de la réponse pénale.

Un arrêt vient d’être prononcé par la Cour d'appel de Paris dans le cadre de l'instruction en cours sur l'affaire Dentexia. Vous avez été un certain nombre à nous contacter pour avoir des informations sur son contenu et les suites à donner au courrier (accompagné d'un CD-ROM) qui a été envoyé aux plaignant.e.s.

L'arrêt débute par la longue liste des plaignants (plus de 70 pages !) qui se sont constitués parties civiles, montrant la détermination et l’engagement des victimes pour que justice soit rendue. Ensuite, les faits reprochés à Pascal Steichen et aux autres personnes mises en examen sont listés, avec moult détails. Il est instructif de parcourir cette section, notamment pour se faire une idée de la manière dont Pascal Steichen et consorts organisent leur défense (ou leurs défenses respectives, pour être plus exact).

On rappellera les chefs d’accusation concernés : pratique commerciale trompeuse et tromperie aggravée ; blanchiment en bande organisée ; banqueroute ; abus de confiance ; abus de biens sociaux ; fraude fiscale ; escroquerie en bande organisée ; complicité de violences volontaires ayant entraîné une mutilation et/ou une infirmité permanente.

La Cour met en avant la mission « d’intérêt général » exercée par le « Collectif contre Dentexia », que nous avions fondé en 2016 et qui a permis aux victimes de se structurer et d’agir collectivement (encore aujourd’hui) pour faire face, s’entraider et interagir avec les nombreuses parties en présence.

Au niveau des conclusions, on apprend que la chambre de l’instruction a rejeté la demande de nullité présentée par Pascal Steichen, qui s'était plaint de « l’impartialité » supposée de l'un des experts (le Pr. MISSIKA) agréé près des tribunaux et mandaté pour examiner certaines des victimes de Dentexia dans le cadre de la procédure pénale (audience du 18 mai 2021). Cette manœuvre constituait à l’évidence une tentative de « pourrissement » pour rallonger la durée de l’instruction et discréditer le traitement de l'affaire au plan médico-judiciaire. Le courrier reçu cette semaine indique que Pascal Steichen a été débouté de sa demande par la Cour. Il n'a donc pas obtenu gain de cause, c'est une bonne nouvelle pour l’ensemble des plaignant.e.s !

Pascal Steichen et ses avocats vont sans doute se pourvoir en cassation pour contester cette décision de justice et tenter de gagner du temps, comme d'habitude (même si le pourvoi en cassation ne suspend pas forcément le déroulé de l'instruction). En tout état de cause, les victimes prennent acte de cette décision de justice, tout en ne cachant pas leur désarroi face aux lenteurs de la réponse pénale (cinq années nous séparant aujourd’hui de la liquidation de l’enseigne DENTEXIA).

Les plaignant.e.s n'ont rien à faire sinon à prendre acte du document. Inutile à ce stade de répondre ou de se rendre à Paris.

Solidairement,

La Dent Bleue

 

Manifestation en soutien aux victimes de la chaine dentaire "low-cost" Proxidentaire.

RDV samedi 25 septembre 2021 à 10h devant le centre dentaire Proxidentaire à Chevigny Saint-Sauveur.

Venez nombreux.ses!

Solidairement,

La Dent Bleue

Single Jungle Episode 21

Single Jungle

La Dent Bleue participe au Podcast des célibataires - par Louisa Amara.

Le rôle du sourire (et son absence) dans nos rencontres, notre relation aux autres, dans la société, au travail etc. Des injonctions faites aux femmes à sourire, à celle de ne pas trop sourire pour certains hommes (ce ne serait pas viril ?!), jusqu'à la disparition des sourires depuis le port obligatoire du masque dans de nombreux lieux publics. Nous sommes tous confronté·es au sujet, quel que soit notre parcours dentaire. Dans cet épisode, 3 invité·es : Olivier Cyran, auteur du livre "Sur les dents : ce qu'elles disent de nous et de la guerre sociale" (éditions La Découverte), Abdel Aouacheria, chercheur au CNRS et cofondateur de l'association "La dent bleue", et Nordy, militante, féministe, présidente de l'association SOROSA (Sororité, Solidarité, Accueil). Podcast à écouter ici. Durée: 1h10.

 

Deux centres de santé dentaire associatifs de l’enseigne Proxidentaire ont vu leur activité suspendue par l'ARS Bourgogne-Franche-Comté. Ces deux suspensions, prononcées à intervalle proche, ne sont pas sans rappeler les débuts du premier scandale dentaire de masse  survenu en France en 2016 : l’affaire Dentexia. Si notre association ne peut que saluer l’intervention de l’ARS pour repérer les centres faisant état d’irrégularités dans leur fonctionnement, elle s’inquiète toutefois pour la patientèle de Proxidentaire, à qui nous souhaitons un sentier moins ardu que celui emprunté à l’époque par le « Collectif contre Dentexia ». Le moment semble opportun pour un partage d’expériences et pour rappeler la nécessité criante de revoir les dispositifs législatifs en vigueur.

Les centres de santé dentaire associatifs (loi 1901) sont des relais de santé publique, qui peuvent jouer un rôle médico-social majeur en relation avec certains territoires ou groupes socioéconomiques. Toutefois, nous n’avons eu de cesse de rappeler que des règles strictes devaient encadrer à la fois leur création et leur fonctionnement. Si de tels garde-fous avaient été prévus par le Législateur, il n’y aurait pas eu d’affaire Dentexia. Parce que les mécanismes de régulation et de contrôle sont lacunaires, les centres dentaires dits « low-cost » peuvent mettre en péril des cohortes importantes de centaines voire de milliers de patient.e.s, qui se retrouvent alors démunis et en situation de vulnérabilité.

Nous avons récemment appris par voie de presse que l’activité de deux centres dentaires associatifs de la chaîne Proxidentaire, respectivement localisés à Chevigny-Saint-Sauveur et à Belfort, avait été suspendue par l'Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté. Nous nous réjouissons que l’ARS ait pris l’initiative d’effectuer de tel contrôles, et que ces derniers se soient soldés par une mise en demeure obligeant les centres Proxidentaire à remédier aux divers manquements constatés. Nous apprécions par ailleurs la mise en place immédiate d’un numéro vert censé aider et orienter la patientèle vers des solutions de poursuite de soins.

En tant qu’association d’information et de défense des intérêts des usagers et victimes du secteur dentaire, nous tenons à exprimer toute notre solidarité et notre soutien aux patientes et patients des centres Proxidentaire impliqués. Nous saluons également les protagonistes qui ont su faire preuve de réactivité, de lucidité et d’engagement citoyen en créant un Collectif, auquel nous souhaitons des résultats rapides et efficaces. Face à des professionnels et à des acteurs de santé publique en général toujours mieux structurés que les victimes, c’est l’union de ces dernières qui fera leur force !

En tant qu’association créée dans le sillage du Collectif des victimes de Dentexia, il nous a paru de notre responsabilité de communiquer les éléments listés ci-dessous, susceptibles d’aider les parties impliquées et/ou de leur éviter certains des écueils que nous avons pu rencontrer par le passé.

  • Les patient.e.s des centres Proxidentaire dont l’activité a été suspendue doivent impérativement récupérer sans délai leur dossier médical, même si les centres ne dispensent pour l’instant plus de soins. Cela facilitera leur reprise par d’autres praticiens.
  • Une note juridique devrait être publiée le plus rapidement possible par les autorités compétentes afin de lever la responsabilité pesant sur les dentistes acceptant de reprendre l’ex-patientèle de Proxidentaire. Il incombe aux pouvoirs publics et aux autorités de prendre toutes leurs responsabilités face aux conséquences désastreuses de la Loi Bachelot, qui a rendu possible la marchandisation de la médecine dentaire sans en évaluer tous les effets délétères.
  • Nous encourageons les patient.e.s de Proxidentaire essuyant un refus de soins de la part d’un cabinet dentaire à le notifier auprès du Conseil Départemental de l'Ordre des Chirurgiens-dentistes, par courrier recommandé avec AR. De plus, un mail peut être envoyé en parallèle à cette instance, en nous mettant éventuellement en copie afin que nous puissions consigner le refus éventuel de soins. Un.e patient.e ne devrait jamais être ostracisé.e par un professionnel de santé sous prétexte qu’il/elle a franchi la porte d’un centre de santé dentaire associatif.
  • L’équipe dirigeante des centres Proxidentaire se doit de communiquer sans tarder au Collectif de patient.e.s toutes les informations relatives à la Responsabilité Civile Professionnelle (RCP) de leurs dentistes, ainsi que les clauses (notamment d’exclusion) de leur(s) assurance(s). Cela en vue de faciliter les démarches si certaines procédures doivent être activées dans un futur proche (ex : contrats personnels de protection juridique, recours à des avocats).
  • La patientèle de Proxidentaire est en droit d’exiger la plus totale transparence d’une part sur la viabilité financière de l’association et d’autre part sur sa capacité à rouvrir à court terme les centres dans les conditions requises de conformité et de sécurité. En tout état de cause, les patientes et les patients qui ont payé pour des soins en cours sont encouragé.e.s à vérifier que les factures afférentes leur ont bien été transmises, ou à défaut nous leur conseillons de ne pas attendre pour réclamer leurs preuves de paiement.
  • S’il s’avère que la suspension d’activité des centres et le numéro vert mis en place par l’ARS représentent les prémices d’une fermeture définitive (c’est-à-dire d’une liquidation judiciaire, comme dans le cas de Dentexia), la réalité de la situation ne doit pas être cachée aux patient.e.s, pour leur permettre « de se retourner » dans de bonnes conditions, y compris en tentant de récupérer leurs deniers avant qu’il ne soit trop tard ou à défaut en préparant une déclaration de créance. La décision d’une fermeture provisoire est une chose, les conséquences d’une liquidation judiciaire en sont une autre, et une telle mesure ne devrait jamais être prononcée sans avoir au préalable réglé toutes les situations individuelles.
  • Si des conséquences sanitaires graves (ex : infections, implants défectueux ou prothèses défaillantes) sont suspectées pour les patient.e.s acceuilli.e.s dans les deux centres Proxidentaire fermés, des protocoles standardisés de prise en charge devraient être implémentés de toute urgence (incluant tests de dépistage, radios panoramiques, processus de dépose, etc.). Les patient.e.s ayant terminé leurs soins devraient par ailleurs être contacté.e.s pour être informé.e.s de la situation et effectuer les démarches et vérifications idoines.
  • Le dépôt d’une plainte auprès du Conseil Départemental de l'Ordre des Chirurgiens-dentistes, assortie éventuellement d’une autre plainte déposée auprès de la gendarmerie ou du Tribunal de Grande Instance, n’a de sens qu’à partir du moment où le(s) motif(s) sont clairement explicités et les faits étayés. Effectué de manière anarchique et trop précoce, ce processus est inutile, voire contreproductif, représentant une perte de temps face aux enjeux plus immédiats.
  • Nous invitons le Collectif de victimes des centres Proxidentaire à veiller à son indépendance et à se méfier de tout acteur prompte soit à leur demander de l’argent (ex : cabinets d’avocats) soit à vouloir instrumentaliser leur combat (à des fins politiques, de lobbying ou de détournement de patientèle). Priorité doit être donnée à la santé (réception des soins urgents, récupération des dossiers médicaux, suite et fin du parcours thérapeutique), les autres « chantiers » (juridique, assurantiel, pénal, politique) pouvant le cas échéant se déployer avec leur propre temporalité.

Deux points avant de conclure.

Aujourd’hui, les problèmes posés par certains centres de santé associatifs ne sont pas exclusivement le fait d’un dirigeant corrompu ou d’un petit groupe de gestionnaires à la cupidité hors norme. L’arsenal législatif doit être revu aussi bien dans son ensemble que dans le détail de chaque alinéa, pour mieux protéger la patientèle du secteur dentaire face à des risques intrinsèquement structurels.

Enfin, il ne faut pas minimiser l’impact psychologique sur la patientèle d’une prise en charge défaillante ou d’incertitudes sur l’avenir. Un.e patient.e découvrant avec stupeur que son centre dentaire a été fermé devient sans transition ou presque une victime laissée au milieu du gué, en situation de vulnérabilité, et la plupart du temps ignorante des leviers à activer pour s’acheminer vers une sortie de crise. Souvent, les leviers sont mal définis, inadaptés quand ils ne sont pas tout simplement inexistants, amenant les victimes à devoir partir à leur recherche et parfois même à les inventer, ce qui suppose de travailler avec tous les interlocuteurs de bonne volonté.

Nous voulons croire que les dirigeants des centres Proxidentaire, les acteurs du système de santé et les entités impliquées dans la répression des fraudes sauront agir de concert pour venir en aide et accompagner la patientèle de Proxidentaire et leurs représentant.e.s, à qui nous réitérons tout notre soutien face au séisme qui les affecte et aux épreuves qui ne manqueront pas de les attendre.

 

Solidairement,

Abdel Aouacheria

Pour le Collectif contre Dentexia & La Dent Bleue | associationladentbleue@gmail.com

La rage intacte des victimes

Chères toutes et tous,

Ce billet n'a pas vocation à être une recension du livre incroyable de notre ami Olivier Cyran, auteur de "Sur les dents. Ce qu'elles disent de nous et de la guerre sociale", ou un résumé des lignes poignantes publiées ce jour dans L'Humanité sous la plume du fidèle Alexandre Fache. D'excellentes recensions du livre en question ont été rédigées qui sauront vous donner envie d'en feuilleter les pages, et les lecteurs.trices intéressées sauront où trouver le journal L'Humanité pour lire les articles consacrés au scandale Dentexia.

Ce billet cherche plutôt à attirer l'attention sur le fait suivant: à l'heure où les réseaux sociaux accaparent notre "temps de cerveau humain disponible" (selon l'expression consacrée en 2004 par Patrick Le Lay, ex-patron de TF1), il existe encore des journalistes, des médias, qui réalisent sérieusement ce travail titanesque de recherche, de compilation et de recoupements des informations et des témoignages avant de les présenter à une audience - souvent dans un style demandant lui-même du talent et/ou des années de pratique. Les dispositifs de commotion (internet, smartphones, séries,...) étant devenus omniprésents, les actualités succédant aux actualités à un rythme effréné, la pression du chiffre s'exerçant à toutes les strates, il n'est pas donné que ce type de travail et ce type de journalistes puissent tout simplement exister.

En tant que victimes, en tant que patients dont la parole est d'ordinaire muette, nous leur devons une fière chandelle.

MERCI donc à Olivier Cyran, à Alexandre Fache, dont les noms ne doivent pas masquer ceux de tout.e.s les autres, de Guillaume Lamy à Alice Gauvin, de Sylvie Montaron à Yan Di Meglio, la liste est longue et nous préférerons l'arrêter là, pour ne pas nous risquer à l'oubli. Ce dernier terme tombe à point nommé car c'est bien aussi de cela qu'il s'agit: ne pas sombrer dans l'oubli. Les productions de ces auteurs, jaillissant dans le présent, sont avant tout une tentative d'inscrire les évènements dans L'Histoire, de fabriquer des instantanés qui soient des portraits aussi fidèles que possibles d'une époque, mariant la monstration (le fait de montrer ce qui se présente) à l'analyse (le fait d'étudier ce qui se présente). L'affaire Dentexia implique les deux aspects: rendre audible / visible ce que les victimes ont à dire, par rapport à ce qu'elles ont vécu, et examiner les causes et les effets, comprendre ce qui s'est réellement produit et tenter d'infléchir le cours des choses pour éviter la survenue d'autres scandales.

Solidairement,

Abdel Aouacheria

Pour Le Collectif contre Dentexia et La Dent Bleue

 

Sur les dents d'Olivier Cyran

Porte parole du Collectif contre Dentexia, et lui-même victime, le chercheur lyonnais Abdel Aouacheria, 41 ans, met en cause le patron de la chaîne de dentisterie low cost, Pascal Steichen, mais aussi ceux qui l’ont laissé faire (les autorités de santé) ou poussé dans le mur (l’ordre des chirurgiens dentistes).

Dans l'Humanité du mardi 17 mai. Edentés et endettés, plus de 2200 victimes de ces cabinets dentaires « low cost » Dentexia, liquidés en mars dernier, se retrouvent dans l’incapacité de terminer leurs soins. Alors que Marisol Touraine leur avait promis un plan d’action pour « permettre la continuité» des travaux dentaires, elle leur refuse aujourd’hui le déblocage du fonds de secours qui permettrait de les engager enfin.

Retrouvez ce mardi dans l’Humanité l’histoire de ce scandale hors normes, dans lequel le business le plus sordide s’assoie confortablement sur la santé publique. Mais aussi les témoignages des ex-patients, abandonnés de tous, parmi lesquels celui de Christine Teilhol, 60 ans, qui dit « se cacher chez elle, de honte ».

Comment expliquer un tel scandale sanitaire ?

Abdel Aouacheria. Tout part de la loi Bachelot de 2009, qui a rendu possible la création de centres de santé sous statut associatif, en réalité adossés à des sociétés commerciales dont le seul but est le profit. En votant cette loi, le législateur n’a pas anticipé ces dérives et n’a pas suffisamment encadré ces structures. Le fondateur de Dentexia, Pascal Steichen, s’est engouffré dans la brèche. Il a mis en place une sorte de pyramide de Ponzi (du nom de Charles Ponzi, escroc ayant officié dans les années 1920 – NDLR), un système à la Madoff, dans lequel les soins des premiers entrants n’étaient financés que par les clients suivants, chacun étant contraint de payer à l’avance ses travaux dentaires. Cela a conduit Dentexia à essayer d’engranger le plus de patients possibles, les soins eux-mêmes tardant de plus en plus. Au bout d’un moment, le système a explosé. Evidemment, le lobbying très négatif des dentistes libéraux n’a pas aidé Dentexia à se maintenir. On peut dire même qu’ils ont tout fait pour que ça s’écroule. Donc, oui, nous avons été escroqués. Mais Pascal Steichen n’est pas le seul responsable de cette catastrophe. Les pouvoirs publics le sont aussi, parce qu’ils l’ont laissé agir. Mais également l’Ordre national des chirurgiens dentistes (ONCD), qui a poussé, en mars dernier, à la liquidation de Dentexia, figure de proue de la dentisterie « low cost », sans se soucier de ce qui allait arriver à ses patients.

Si vous êtes allés chez Dentexia, c’est bien à cause des prix très élevés des soins dentaires, par ailleurs fort mal remboursés…

Abdel Aouacheria. Bien sûr. Ce sont les tarifs prohibitifs pratiqués en libéral qui nous ont poussés dans les bras de Dentexia. On dit qu’il s’agit de soins de confort. Mais c’est totalement injuste. Pouvoir se faire poser une fausse dent quand on n’a plus de dent, ce n’est pas du confort. Il y a beaucoup d’hypocrisie et de caricatures sur ces sujets. Et nous, les patients et victimes de Dentexia, on se retrouve au milieu de cela, sans solution.

Aucun contrôle de ces centres dentaires « low cost » n’était prévu?

Abdel Aouacheria. Les Agences régionales de santé expliquent que les seuls contrôles qu’elles peuvent faire sont d’ordre sanitaire et règlementaire. C’est déjà ça, mais ce n’est pas suffisant. Ce n’était pas seulement l’hygiène de ces centres qu’il fallait contrôler, mais la manière dont un investisseur comme Pascal Steichen a pu bâtir une telle pompe à fric, alors qu’il s’agissait officiellement d’une « association à but non lucratif ». Il aurait fallu regarder d’un peu plus près la nébuleuse de sociétés commerciales installées autour de Dentexia, qui vendaient des formations, des activités de « consulting », la gestion des services généraux, le matériel, les produits dentaires et même les crédits financiers pour les patients. Quand la société a été liquidée, 22 millions d’euros avaient disparu. Où est l’argent maintenant ? Tout cela illustre bien les dérives de la marchandisation de la santé. Confier celle-ci à de vulgaires investisseurs aboutit à des catastrophes. C’est le péché originel de la loi Bachelot. Et aujourd’hui, le ministère de la Santé se contente de défendre les centres de santé, idée tout à fait louable sur le papier, mais dont la réalisation et les contrôles ont été défaillants, en tout cas pour Dentexia.

Vous vous sentez abandonnés de tous ?

Abdel Aouacheria. Oui. On se heurte à un cynisme insupportable. Cela fait quatre mois que je suis en contact avec les autorités, deux mois que je leur fais part de menaces de suicide de la part de plusieurs victimes, un mois que je leur demande simplement : « Que dois-je faire ? » Et on ne me dit rien. C’est soit le silence, soit « débrouillez-vous », sous entendu avec la justice. Mais cela prend des mois voire des années d’obtenir des choses en justice. Or, il y a urgence pour les 2200 victimes de Dentexia, même si la situation de chacune n’a pas le même caractère de gravité. Une anecdote : en janvier, quand j’ai informé l’ordre des dentistes de la création du collectif, ils m’ont répondu… de contacter mon collectif ! C’est très symbolique des difficultés auxquelles on se heurte : on tourne en rond !

Que réclamez-vous concrètement ?

Abdel Aouacheria. Que des expertises sanitaires soient menées sur les victimes. Et qu’un fonds de secours puisse permettre de reprendre les soins, seul moyen de sortir les gens du désespoir. Or, le ministère de la Santé nous refuse cela, au motif que cela pourrait créer un « précédent dangereux ». Comment peut-on répondre ça, en 2016, à des personnes âgées, vulnérables, qui avaient confiance dans le système de santé français et se sont retrouvées, du jour au lendemain, sans dents, escroquées par des cabinets qui avaient pignon sur rue et avaient obtenu la bénédiction de l’Etat, via les Agences régionales de santé ? Fin mars, début avril, Marisol Touraine nous avait pourtant promis, ainsi qu’au Défenseur des droits, un plan d’action permettant « la poursuite des soins ». Elle est aujourd’hui revenue en arrière. Ce que déplorent d’ailleurs les agences régionales, qui voient bien ce qui se passe sur le terrain, dans quel état sont les victimes. On est déçus et en colère. On a le sentiment de s’être fait berner.

Les chirurgiens-dentistes épinglés par la Cour des comptes
Si tant de personnes sont tombées dans les griffes des cabinets Dentexia, c'est aussi à cause des tarifs prohibitifs pratiqués par les dentistes libéraux. Une dérive que vient de souligner la Cour des comptes, dans un rapport provisoire révélé par Le Figaro. Selon ce document, les dépassements d’honoraires représenteraient désormais la moitié des revenus des dentistes, malgré trois hausses de tarifs consenties par l’Assurance maladie depuis 2006 (pour environ 160 millions d’euros par an). Le secteur serait ainsi le parfait exemple de la «faillite des politiques publiques face aux professionnels», écrivent les magistrats, qui pointent aussi son «manque de transparence» et «l’indigence des contrôles», à l’origine de la santé bucco-dentaire «médiocre» des Français. Aujourd’hui, seuls un tiers des dépenses de santé bucco-dentaires sont remboursées par la Sécu, et 39 % par les complémentaires. Restent à la charge des patients, chaque année, quelque 2,6 milliards d’euros, quand ceux-ci ne renoncent pas tout bonnement aux soins (20% des cas, selon le rapport). Si le constat de la Cour peut être partagé, les solutions avancées semblent plus discutables. Les Sages de la rue de Cambon proposent ainsi de laisser le remboursement des soins lourds aux seules mutuelles, la Sécu se chargeant des petits travaux. Ils invitent aussi à développer les « réseaux de soins », aux tarifs 10 à 15 % inférieurs aux praticiens libéraux. Restera alors à éviter de nouveaux scandales comme celui de Dentexia. C’est peu de dire que la profession a peu goûté le rappel à l’ordre de la Cour des Comptes. La publication de ce document est « une faute », a réagi Gilles Bouteille, le président de l'Ordre National des Chirurgiens-Dentistes, qui se dit déterminé à « combattre les dérives mercantiles et les pratiques abusives de certains centres dentaires associatifs, dits ‘low cost’ ».